CliMoA, le premier laboratoire de recherche international en Nouvelle-Zélande dédié à l’étude de l’agriculture face au changement climatique

Institutionnel

Un nouveau laboratoire de recherche international (IRL) a été inauguré le 22 avril 2026 en Nouvelle-Zélande : CliMoA (Climate, Modelling, Agroecology). Créé par le CNRS et le Bioeconomy Science Institute (BSI), ce laboratoire sera consacré à l’étude de l’agriculture face au changement climatique. Entretien avec son directeur et son directeur adjoint, Hervé Quénol et Dan Richards.

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Dan Richards (à gauche) et Herbé Quénol, directeur adjoint et directeur du laboratoire CLIMoA

Pourquoi avoir proposé au CNRS de créer un laboratoire de recherche international en Nouvelle-Zélande ?

CliMoA s’appuie sur un consortium scientifique issu de plusieurs années de collaborations interdisciplinaires entre les équipes françaises et néozélandaises abordant les stratégies d’atténuation et d’adaptation à haute résolution spatiale au changement climatique pour les agroécosystèmes.

La collaboration a débuté il y a une quinzaine d’années, en développant des méthodes de modélisation spatiale permettant de réaliser des projections climatiques à haute résolution spatiale appliquées aux terroirs viticoles. L’objectif principal était de définir des stratégies d’adaptation au changement climatique à l’échelle de la parcelle viticole en modélisant, à partir d’un système multi-agents, les pratiques des viticulteurs en fonction de la variabilité spatiale du climat à l’échelle locale et la croissance de la vigne.

Dans la continuité, le projet scientifique de l’IRL CliMoA propose une approche multi-échelles intégrant les connaissances existantes de différentes disciplines (climatologie, géographie, analyse spatiale, agronomie, écologie), ainsi que les pratiques et l'expérience des parties prenantes. S'appuyant principalement sur une approche fondée sur la « connaissance du terrain » et la modélisation, l'objectif est d'optimiser spatialement les changements d'affectation des sols afin d'atteindre des objectifs multifonctionnels de production durable, d'adaptation au changement climatique et d'atténuation de ses effets, tout en tenant compte des compromis biophysiques et sociaux : les paysages intelligents face au climat (CSL – Climate-Smart Landscapes). 

D’une manière générale, l’IRL CliMoA a pour objectif de développer les collaborations, sur la mise en œuvre de stratégies d’adaptation et d’atténuation du changement climatique à l’échelle d’un territoire, entre la France et la Nouvelle-Zélande mais aussi en ouvrant plus largement les collaborations vers le Pacifique.

Qu’appelle-t-on « paysages intelligents ?

Pour réussir à nous adapter au changement climatique, nous devons concevoir des aménagements paysagers qui abordent de manière globale les questions d’atténuation et d’adaptation, tout en favorisant la restauration de la biodiversité et la résilience économique. Ces « aménagements paysagers intelligents face au climat » associent la restauration des écosystèmes naturels et les agroécosystèmes afin d’offrir une multifonctionnalité. Pour mettre en place ces aménagements, nous devons simuler des scénarios futurs et les examiner en collaboration avec les communautés.

Comment les recherches menées au sein de cet IRL participent-elles à la mise en œuvre de stratégies d’adaptation et d’atténuation du changement climatique ?

Le changement climatique global a un impact sur les climats locaux et, par conséquent, sur les agroécosystèmes (écosystèmes productifs de cultures et forêts) et sur l’utilisation des terres en milieu rural (socio-système). Dans ce contexte, les effets attendus du changement climatique soulèvent un certain nombre de questions, notamment en ce qui concerne la mise en œuvre de stratégies d'adaptation et d'atténuation. La plupart des travaux sur l'impact du changement climatique sont menés à large échelle et aboutissent à une adaptation brutale (par exemple, la disparition d'un type de culture particulier) et ne tiennent souvent pas compte de mesures d'atténuation. Cependant, les aspérités et la nature de la surface peuvent générer une grande variabilité spatiale du climat, ce qui peut augmenter ou diminuer l'impact du changement climatique à l'échelle locale. De plus, les stratégies d'adaptation et d'atténuation sont généralement appliquées à l’échelle d’un territoire par les autorités et les parties prenantes. 

Dans ce contexte, la variabilité spatiale du climat local et son intégration dans les projections climatiques futures est essentielle pour définir des stratégies d'adaptation et d'atténuation raisonnées à l'échelle locale. 

Quel est l’intérêt d’étudier les agroécosystèmes et la végétation de ce territoire ?

La Nouvelle-Zélande abrite des écosystèmes variés, comprenant de nombreuses espèces végétales et animales indigènes et uniques. Le pays présente également une grande diversité d'agroécosystèmes, caractérisés par de nombreuses cultures et pratiques agricoles. Cette diversité de systèmes et d'organismes offre des possibilités d'explorer et de comparer différentes stratégies d'adaptation au changement climatique.

Qui est véritablement concerné par les stratégies d’adaptation que vous proposez ? 

Ce sont principalement les acteurs locaux. Au final, les stratégies proposées sont appliquées concrètement sur les territoires dont dépendent les acteurs locaux. En mettant en œuvre des stratégies d’adaptation et d’atténuation à l’échelle d’un territoire donné, les acteurs locaux sont « parties intégrantes » dans toutes les phases du projet. Les acteurs n’apparaissent pas uniquement au moment de la dissémination des résultats. Les expérimentations « terrain » et les différentes phases de construction des modèles (ex : Systèmes Multi-Agents) sont réalisées conjointement avec les acteurs notamment pour alimenter les modèles et valider les résultats issus des simulations. 

Cette approche nécessite un engagement fort des parties prenantes sur le long terme. Pour cela nous développons une méthodologie issue de l’intelligence artificielle pour faciliter la prise en charge des acteurs locaux dans la mise en œuvre de stratégies d’adaptation au changement climatique.

Au-delà de la thématique « agro-écologie », quel peut être l’effet levier de l’IRL sur les collaborations entre la France et la Nouvelle-Zélande ?

Comme évoqué précédemment, la création de l’IRL CliMoA s'inscrit dans la continuité d'une collaboration déjà en cours entre la France et la Nouvelle-Zélande, qui s'appuie sur le climat, la modélisation et l'agroécologie pour étudier des questions et des techniques plus larges. Ainsi, au cours des deux dernières années, le CNRS et le Bioeconomy Science Institute (BSI) ont mis au point une nouvelle technologie d'intelligence artificielle destinée à faciliter la prise de décision en matière de changement climatique. Nous espérons que cette technologie trouvera des applications plus larges dans divers domaines.

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À gauche : (au premier plan) Mark Piper, Directeur Général du Bioeconomy Science Institute (BSI) ; (à l'arrière-plan) Mme Penny Simonds, Ministre des Sciences, de l'Innovation et de la Technologie. À droite : (au premier plan) Stéphane Blanc, Directeur de CNRS Écologie & Environnement ; (à l'arrière-plan) Laurence Beau, Ambassadrice de France en Nouvelle-Zélande et aux Îles Cook

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Hervé Quénol