Tatiana GiraudLaboratoire Écologie, Société et Évolution (ESE - CNRS / Université Paris Saclay / AgroParisTech)
La dégénérescence des chromosomes sexuels et ses effets sur la valeur sélective
Biographie
Ingénieure agronome, directrice de recherche CNRS à l’Université Paris-Saclay, Tatiana Giraud est membre de l’Académie des sciences, professeure invitée de la chaire annuelle Biodiversité et écosystèmes au Collège de France 2020-2021, Professeure à l’Ecole Polytechnique 2009-2020, où elle a donné des cours sur la biodiversité, l’écologie et l’évolution. Elle est autrice de « La Biodiversité en Infographies » aux Editions Tana en 2026. Elle utilise des approches génomiques et expérimentales sur les champignons pour comprendre l’évolution des espèces. Ses projets ERC précédents (STG, PoC) portaient sur l’étude de la domestication des moisissures utilisées pour affiner le fromage et de l’adaptation des champignons causant des maladies sur les plantes et les cultures. Ses projet ERC AdG 2026 et AdG-2019 portent sur l’évolution des chromosomes sexuels.
Chez de nombreux êtres vivants, certaines régions des chromosomes liés au sexe ne s'échangent plus de matériel génétique (comme les chromosomes X et Y chez l'humain). Or, ces échanges jouent normalement un rôle important de « nettoyage » en éliminant les mutations défavorables. Lorsque ces échanges cessent, les gènes situés dans ces régions peuvent progressivement se dégrader : certains disparaissent, d'autres fonctionnent moins bien ou sont moins exprimés. Ce phénomène, appelé dégénérescence génomique, pourrait notamment contribuer à certaines différences en termes de maladies ou de longévité observées entre les sexes dans de nombreuses espèces.
Malgré son importance, on sait encore mal comment cette dégénérescence évolue et quelles sont ses conséquences réelles, en particulier dans les premières étapes du processus. Pour répondre à ces questions, ce projet étudiera des groupes de champignons dont les chromosomes impliqués dans la reproduction présentent des situations très variées, avec de nombreuses évolutions indépendantes de suppression de recombinaison, d’âges très différents mais globalement relativement jeunes.
Cette diversité constitue un véritable « laboratoire naturel » permettant de suivre les premières étapes de la dégénérescence génomique : pertes de gènes, dérèglement de leur expression et réarrangements des chromosomes. Le projet cherchera également à comprendre si certains mécanismes permettent de limiter cette dégénérescence. Par exemple, les organismes peuvent parfois compenser la perte d'activité de certains gènes en augmentant l'expression de leurs copies restantes ou en acquérant de nouveaux gènes.
L'importance réelle de ces mécanismes fait encore débat parmi les biologistes de l'évolution. L'utilisation de champignons présente un double avantage : elle permet de vérifier si les phénomènes observés chez les animaux et les plantes sont universels, et elle offre la possibilité de tester directement en laboratoire les effets de la dégénérescence génomique sur les performances et la survie des organismes.
En reconstituant l'histoire de la dégénérescence des chromosomes et des mécanismes qui la compensent, ce projet apportera un nouvel éclairage sur une question fondamentale de la biologie : comment les génomes évoluent lorsqu'ils cessent de se recombiner, et quelles conséquences cela a sur la capacité de survie des organismes.