Faire vivre les suivis écologiques sur le temps long
Les suivis écologiques de long terme constituent un outil essentiel pour comprendre les dynamiques du vivant. Au Laboratoire de Biométrie et Biologie Évolutive (LBBE - CNRS / Université Lyon 1 Claude Bernard / VetAgro Sup), le collectif « suivis longitudinaux » assure depuis plusieurs décennies la continuité de ces observations sur le terrain. En garantissant la qualité, la cohérence et la traçabilité des données, il rend possible l’étude des populations naturelles dans la durée. Le collectif reçoit la médaille de cristal collectif du CNRS 2026.
Ces suivis reposent sur un principe structurant : la répétition des observations dans le temps, indispensable pour relier l’histoire des individus aux variations de leur environnement. Sur le terrain, le collectif met en œuvre des protocoles standardisés et exigeants sur cinq populations naturelles : marmottes alpines, chevreuils, sangliers, cincles plongeurs et chênes sessiles. « On les capture, on les marque, puis on les recapture lors des campagnes de terrain suivantes ; cela permet de retracer l’histoire de vie d’un animal », explique un membre du collectif. Ces méthodes sont complétées par des mesures morphologiques, physiologiques et des prélèvements biologiques.
Certaines innovations techniques donnent lieu à une adaptation des dispositifs mis en place. Par exemple, des systèmes RFID (Radio Frequency Identification) permettent d’identifier automatiquement les marmottes via des portails installés à l’entrée des terriers, tandis que des colliers GPS sont utilisés sur les chevreuils pour analyser leurs déplacements et l’occupation de l’espace. Pour les chênes, des campagnes d’observation et des images de drones permettent de suivre la floraison et la production fruitière.
L’organisation du travail est un élément central. En amont des campagnes, les équipes assurent la logistique, la préparation du matériel et l’organisation des plannings. Sur le terrain, elles consacrent en moyenne plus de cent jours par an et par personne à la collecte des données, souvent dans des conditions difficiles et sur des sites éloignés. « Si on échantillonnait des individus au hasard tous les cinq ans, on n’aurait pas la même qualité d’information et capacité d’interprétation des processus écologiques », précise Emmanuel Desouhant, directeur adjoint du laboratoire. En aval, elles garantissent la bancarisation et la structuration des données dans des bases relationnelles conçues pour assurer leur reproductibilité et leur réutilisation à long terme.
Les données produites alimentent des recherches en écologie évolutive, en écotoxicologie, en démographie et en gestion de la faune sauvage. Elles permettent par exemple d’étudier l’impact du mercure sur les cincles plongeurs, la dynamique des populations de sangliers, les effets du changement climatique sur la structure sociale chez les marmottes ou encore la régénération des peuplements forestiers. Ces cinq suivis sont aujourd’hui labellisés SEE-Life par le CNRS.
La médaille de cristal collectif du CNRS 2026 récompense un collectif qui rend possible, dans la durée, la production de données écologiques uniques. Par la rigueur de ses protocoles, la continuité de ses suivis et sa capacité à maintenir des dispositifs de terrain exigeants, il contribue directement à la compréhension des transformations du vivant face aux changements globaux.