Comment l’ADN retrouvé dans des adhésifs néolithiques éclaire les pratiques du passé
Une étude publiée dans la revue Proceedings of the Royal Society B: Biological Sciences révèle l’utilisation d’adhésifs au cours du Néolithique en Europe pour la fabrication d'outils lithiques, la réparation de récipients en céramique, ou encore comme « chewing-gum ». L’extraction d’ADN humain, animal et végétal retrouvé dans ces adhésifs met en lumière le potentiel des résidus organiques pour l’étude des pratiques techniques, économiques et sociales du passé.
En résumé
- Au Néolithique, l’écorce de bouleau et la résine de conifère étaient exploitées pour fabriquer de la colle permettant d’emmancher des outils et de réparer des céramiques.
- De l’ADN humain, animal et végétal a été retrouvé piégé dans ces adhésifs, notamment dans des résidus mastiqués qui portent des empreintes dentaires.
- Les résultats informent sur les régimes alimentaires, les modalités d’utilisation des objets et la répartition des pratiques genrées au sein des populations du passé.
Une équipe internationale comprenant des chercheurs du laboratoire Cultures et environnements : Préhistoire, Antiquité, Moyen-Âge (CEPAM – CNRS / Univ. Côte d’Azur) a effectué l'analyse combinée de la matière organique et de l'ADN retrouvés sur une trentaine d’artefacts provenant de neuf sites néolithiques situés dans les Alpes et leurs environs. Parmi ces vestiges se trouvaient des outils en pierre taillée emmanchés à l’aide d’un adhésif, des poteries en céramique réparées, ainsi que des fragments de matière organique appelés « chewing-gums », portant parfois des empreintes de dents.
Les analyses séparatives et structurales mises en œuvre par cette équipe de chercheurs en préhistoire et archéologie biomoléculaire ont révélé que le brai de bouleau constituait le composant principal, un adhésif fabriqué par traitement thermique contrôlé d’écorce de bouleau. Certains échantillons contenaient également de la résine ou du goudron de conifère, probablement ajoutés pour modifier les propriétés du brai. Par ailleurs, la présence d'ADN humain et microbien buccal dans certains échantillons confirme que le brai a été mâché, parfois par plusieurs individus, dont la détermination du sexe renseigne sur les pratiques genrées de cette période. Enfin, l'ADN végétal et animal retrouvé renseigne sur les régimes alimentaires au Néolithique et sur l'utilisation possible d'additifs, comme le lin (Linum usitatissimum) et le pavot (Papaver somniferum).
Cette étude démontre l'intérêt d'intégrer l'analyse des résidus organiques et de l'ADN ancien des artefacts archéologiques afin d'approfondir la compréhension des pratiques culturelles du passé. Ces résultats offrent de nouvelles perspectives sur les technologies adhésives et illustrent le potentiel d'analyses ADN sur des matières organiques trouvées sur divers objets préhistoriques.
Crédit photo bandeau haut de page : © Hughes Plisson / CNRS Images
Laboratoire CNRS impliqué
- Cultures et environnements : Préhistoire, Antiquité, Moyen-Age (CEPAM - CNRS / Université Côte d'Azur)
Référence de la publication
Anna E White, Tabea J Koch, Theis Zetner Trolle Jensen, Jonas Niemann, Mikkel Winther Pedersen, et al..(2025) Ancient DNA and biomarkers from artefacts: insights into technology and cultural practices in Neolithic Europe. Proceedings of the Royal Society B: Biological Sciences, publié le 15 octobre 2025