Des Néandertaliens de Crimée utilisaient des crayons d’ocre pour communiquer

Résultats scientifiques

Les Néandertaliens de Crimée façonnaient et réaffutaient des crayons d’ocre pour tracer des marques intentionnelles, prouvant que la couleur jouait un rôle dans leur manière de communiquer, dépassant le simple usage utilitaire. Publié dans Science Advances, ces travaux menées par une équipe internationale renforcent l’idée que la pensée symbolique n’était pas propre à Homo sapiens.

En résumé

  • Les Néandertaliens de Crimée façonnaient et réaffutaient des crayons d’ocre pour produire des marques, témoignant d’un usage symbolique de la couleur.
  • L’étude combine analyses chimiques et observations microscopiques pour reconstruire les gestes techniques liés à la production et à l’emploi des pigments.
  • Ces résultats soulignent des convergences culturelles entre les Néandertaliens de Crimée et les premiers Homo sapiens d’Afrique australe.

Une équipe internationale, incluant des chercheurs du laboratoire « De la Préhistoire à l'Actuel : Culture, Environnement et Anthropologie » (PACEA - CNRS / Université de Bordeaux / Ministère de la culture), a analysé seize fragments d’ocre issus de plusieurs sites majeurs témoins de la présence néandertalienne en Ukraine (Zaskalnaya V, Zaskalnaya VI, Prolom II et Mukhovets).

Grâce à des analyses chimiques (pXRF, SEM-EDS) et des observations microscopiques, les scientifiques ont identifié des traces de façonnage, d’usure et de réaffûtage, témoignant d’un usage prolongé. Parmi les découvertes les plus marquantes figure un crayon d’ocre allongé, dont la pointe présente des traces d’abrasion compatibles avec des frottements répétés sur des surfaces souples, signes d’une volonté de produire des marques visibles.

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Fragments d’ocre analysés dans l’étude et vue microscopique des quatre faces du crayon d’ocre portant des traces de reaffutage © Francesco D'Errico

Les analyses révèlent que plusieurs pigments proviennent d’un même affleurement riche en fer situé à 1,5 km des sites. D’autres fragments semblent en revanche issus de sources plus lointaines, qui restent à identifier. Il s’agit du premier lien direct établi entre des matières colorantes néandertaliennes et leurs sources géologiques en Crimée. Le choix des matériaux pour leurs qualités visuelles et leur entretien régulier témoigne d’une utilisation intentionnelle et expressive de la couleur. 

Les chercheurs ont également élaboré la première base de données des sites moustériens1  et acheuléens2  d’Europe et d’Asie occidentale ayant livré des matières colorantes, complétant une base récemment publiée pour l’Afrique. Ces résultats révèlent de profondes similitudes entre les pratiques des Néandertaliens de Crimée et celles des premiers Homo sapiens d’Afrique australe, notamment à Blombos Cave et Klasies River où l’ocre était également gravé, broyé et mélangé pour en faire des pigments. Ces données suggèrent que l’expression symbolique et la communication visuelle ont émergé indépendamment dans différentes espèces fossiles.

Photo bandeau haut de page © Francesco d'Errico

  • 1 Le moustérien est une période du Paléolithique moyen, caractérisée par un développement abondant et varié de l'outillage lithique (pointes, racloirs, coups de poing, etc.) obtenu à partir d'éclats de silex.
  • 2Archeuléen est une période du Paléolithique inférieur, caractérisée par l'« invention » du biface, outil obtenu en taillant par divers moyens de percussion un noyau de pierre pour en détacher des éclats et ainsi obtenir des arêtes tranchantes.

Laboratoires CNRS impliqués 

  • De la Préhistoire à l'Actuel : Culture, Environnement et Anthropologie (PACEA - CNRS - Université de Bordeaux, Ministère de la culture)
  • Travaux et Recherches Archéologiques sur les Cultures, les espaces et les Sociétés (TRACES - CNRS, Université Toulouse II Jean-Jaurès, Ministère de la culture)

Référence de la publication

Francesco d’Errico, Guilhem Mauran, Africa Pitarch Martí, Ana Majkić, Vadim Stepanchuk, 2025. Evidence for symbolic use of ochre by Micoquian Neanderthals in Crimea. Science Advances, publié le 29 octobre 2025

Contact

Francesco d’Errico
Chercheur CNRS en préhistoire et évolution humaine