Il y a 300 millions d’années, les forêts tropicales des Hauts-de-France abritaient déjà des écosystèmes complexes
Une étude publiée dans la revue Palaeogeography, Palaeoclimatology, Palaeoecology, révèle une diversité inattendue d’interactions entre plantes et arthropodes dans les forêts tropicales du bassin du Nord-Pas-de-Calais il y a plus de 300 millions d’années. Ces résultats suggèrent que les relations trophiques complexes caractéristiques des écosystèmes terrestres modernes se sont mises en place plus tôt qu’on ne le pensait.
En résumé
- Cette étude représente la première analyse quantitative de son genre du Pennsylvanien inférieur à moyen (de 315 à 307 millions d’années).
- La diversité des dommages causés par les arthropodes est plus élevée que dans d'autres flores pennsylvaniennes.
- Les résultats suggèrent une évolution plus précoce des relations trophiques modernes en milieu terrestre.
Il y a plus de 300 millions d’années, la région des Hauts-de-France faisait partie d’un ensemble de marais occupant la ceinture équatoriale, une sorte « d’Amazonie » de l'époque. Ces forêts tropicales humides abritaient une grande diversité de végétaux aujourd’hui disparus : des fougères arborescentes atteignant 50 mètres de hauteur, des prêles d’une dizaine de mètres, des graines ressemblant à des noix de coco ou encore des troncs recouverts de feuilles minuscules. Elles constituaient également l’habitat d’une faune tout aussi remarquable, composée de divers amphibiens, de mille-pattes dépassant deux mètres de long et des premiers insectes volants.
Depuis la fermeture des mines de charbon il y a plus de vingt ans en France, la vaste collection de fossiles végétaux issue du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais continue de faire l’objet d’études et de nouvelles découvertes. Ce registre paléobotanique constitue une fenêtre sur le passé, permettant d’explorer les prémices des relations trophiques modernes dans les écosystèmes terrestres.
Une équipe menée par des chercheurs du laboratoire Evolution, Écologie et Paléontologie (Evo-Eco-Paléo – CNRS / Université de Lille) révèle que ces forêts anciennes étaient déjà le théâtre d’interactions complexes entre plantes et arthropodes1. Les scientifiques se sont intéressés à un groupe végétal particulièrement abondant et diversifié : les Medullosales. Ces plantes, dont l'aspect rappelle celui des fougères actuelles, appartiennent en réalité aux gymnospermes primitives, des plantes produisant des graines sans fleurs.
En analysant les traces laissées par les arthropodes sur ces végétaux fossiles, les chercheurs mettent en lumière une grande diversité de modes d’alimentation, attribués à au moins sept groupes fonctionnels alimentaires différents (les Functional Feeding Groups - FFG – classent les organismes selon la manière dont ils se nourrissent et non seulement par ce qu'ils mangent) : alimentation sur les bords ou les trous, par perçage et succion, à travers la formation de galles2…
Cette diversité, analysée au sein d’un seul groupe de plantes, dépasse celle observée dans des études ayant évalué des flores complètes sur des bassins plus récents. L’article identifie des exemples de modes d’alimentation qu’on estimait plus anciens, suggérant que la complexité écologique des forêts terrestres s'est développée plus tôt que ne l'indiquaient les données disponibles jusqu'ici.
Ces travaux ouvrent de nouvelles perspectives de recherche fondées sur ces collections patrimoniales qui, historiquement, avaient surtout été étudiées sous un angle taxonomique. Il reste à déterminer si ces observations peuvent être étendues à d’autres groupes de plantes présents dans ce bassin, tels que les fougères ou les lycophytes, ainsi qu'à d'autres ensembles floristiques d'âge similaire.
Crédit photo bandeau haut de page : Borja Cascales-Miñana
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Vaste groupe d’animaux invertébrés caractérisés par un squelette externe et des pattes articulées. Ils comprennent notamment les insectes, les araignées, les crustacés et les mille-pattes.
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Excroissances anormales d’une plante en réaction à la présence d'un organisme externe (insecte, acarien, bactérie ou champignon)
Laboratoires CNRS impliqués
- Evolution, Écologie et Paléontologie (Evo-Eco-Paléo – CNRS / Université de Lille)
Référence de la publication
Molina-Solís, A., Cleal, C.J., Santos, A.A., McLoughlin, S., Diez, J.B. and Cascales-Miñana, B., (2026). Resource partitioning and modernization of arthropod feeding strategies on Pennsylvanian medullosalean foliage from the Nord-Pas-de-Calais Coalfield, France. Palaeogeography, Palaeoclimatology, Palaeoecology. Publié le 1er mars 2026.