La France doit privilégier la conservation des pollinisateurs plutôt que l'utilisation des pesticides
Les insectes pollinisateurs ont décliné de 40 à 50% entre 1980 et 2020, en grande partie du fait de l’usage massif des pesticides, notamment les néonicotinoïdes, comme le démontre la littérature scientifique et plusieurs listes rouges de l’Union internationale pour la conservation de la nature. Il est crucial pour les cultures et la flore sauvage d’inverser ce déclin. Une lettre publiée dans la revue Science et rédigée par un consortium d’écologues de la pollinisation incite vivement l’Etat français à refuser la proposition du sénateur Duplomb consistant à réautoriser l’usage de deux néonicotinoïdes.
Points clés
- Les pollinisateurs sont en fort déclin alors qu'ils pollinisent une partie croissante des cultures et une grande majorité de la flore sauvage.
- Il est largement démontré que les pesticides, et surtout les néonicotinoïdes, sont une des causes majeures du déclin des pollinisateurs.
- Un consortium d’écologues de la pollinisation (réseau Pollinéco) appelle les législateurs français à remplacer cette proposition de loi par des politiques agricoles plus en adéquation avec ce consensus scientifique.
La lettre publiée dans Science par un groupe de scientifiques de plusieurs laboratoires du CNRS (voir liste ci-dessous) est une incitation scientifiquement argumentée à refuser la nouvelle proposition de loi du Sénateur Duplomb de ré-autoriser deux néonicotinoïdes. Trois points sont largement argumentés sur le plan scientifique :
- Les insectes pollinisateurs assurent la reproduction d’une grande majorité des plantes sauvages et cultivées.
- Les pollinisateurs sont en déclin de façon alarmante : leur abondance a diminué de moitié depuis 40 ans en Europe.
- Une des causes majeures de ce déclin est l’usage de pesticides, et pire encore des néonicotinoïdes. Les ré-autoriser serait à l’opposé de l’attente scientifique et du défi sociétal, en dystopie avec la nécessaire transition écologique de l’agriculture et en dissonance avec le plan national de restauration écologique.
En effet, pour lutter contre la disparition des pollinisateurs, la France a interdit l'utilisation des néonicotinoïdes en 2018. Cependant, en juillet 2025 puis à nouveau en janvier 2026, le sénateur Duplomb a proposé des propositions de loi visant à ré-autoriser les néonicotinoïdes. Après la signature de plus de deux millions de citoyens d’une pétition contre la première proposition de loi, suivie de l’invalidation d’une partie de cette dernière par le Conseil constitutionnel, la deuxième proposition de loi est toujours en discussion. Si elle venait à être adoptée, cette loi serait en contradiction avec plusieurs articles de la Charte constitutionnelle de l'environnement.
De manière plus générale, les pesticides provoquent des effets néfastes non seulement sur la biodiversité et le fonctionnement des écosystèmes, mais aussi sur la santé humaine, comme le documentent les expertises collectives de l’IPBES, de l’INRAE, de l’IFREMER et de l’INSERM. En affectant des organismes non ciblés tels que les pollinisateurs et les parasitoïdes, les pesticides menacent des services écosystémiques comme la pollinisation et la lutte contre les ravageurs. La contamination des sols, de l’eau et des aliments présente des risques pour la santé humaine, augmentant notamment le risque de survenue de maladies neurodégénératives et de cancers. C’est bien ici le concept « une seule santé » (One Health) qui est questionné, puisque les pesticides nuisent gravement à la santé des espèces (ici des pollinisateurs), des écosystèmes (autant sauvages que cultivés) et des êtres humains, et ce à court, moyen et long termes. Pourtant, ils restent largement utilisés dans l’agriculture intensive, avec des niveaux de toxicité qui augmentent au fil du temps, alors même que des alternatives agroécologiques efficaces existent.
C’est bien en tant que scientifiques, spécialisés en écologie de la pollinisation et citoyens concernés, que les auteurs de ce texte appellent les législateurs français à remplacer cette proposition de loi par des politiques plus en adéquation avec ces consensus scientifiques. Ce changement attendu permettrait d’engranger des bénéfices à la fois pour les agriculteurs et l’ensemble de la population, mais aussi pour la nécessaire restauration écologique des écosystèmes.
Photo bandeau haut de page : © Roderick Salatan - Pexels
Laboratoires CNRS impliqués
- Centre d'écologie fonctionnelle et évolutive (CEFE – CNRS / EPHE – PSL / IRD / Université Montpellier)
- Evolution, Ecologie et Paléontologie (EEP – CNRS / Université Lille)
- Ecologie & Biologie des Interactions (EBI – CNRS / Université Poitiers)
- Centre d'Ecologie et des Sciences de la Conservation (CESCO – CNRS / MNHN / Sorbonne Université)
- Institut d'écologie et des sciences de l'environnement de Paris (iEES – CNRS / INRAE / IRD / Sorbonne Université / Université Paris-Est Créteil Val-de-Marne)
- Institut Pluridisciplinaire Hubert Curien (IPHC – CNRS / Université Strasbourg)
- Écosystèmes, biodiversité, évolution (ECOBIO – CNRS / Université Rennes)
Référence de la publication
Schatz B., Aubouin L., Cuvillier V., Deguines N., Fontaine C., Ghisbain G., Hautekèete N., Henry M., Michez D., Perrard A., Piquot Y., Petitjean Q., Porcher E., Ropars L., Richard F.J., Schurr L., Tissier M., Geslin B. France must protect pollinators over pesticides. Science, publié le 23 avril 2026.