Le stress des éléphants d’Afrique davantage lié aux pratiques de gestion qu’aux parasites

Résultats scientifiques

Une étude publiée dans la revue Journal of Zoology révèle que l’état de stress physiologique des éléphants d'Afrique dépendrait davantage des pratiques de gestion que de leur charge parasitaire, pourtant souvent considérée comme une source importante de stress chez les animaux sauvages.

En résumé

  • Au sein des 19 aires protégées sud-africaines étudiées, les pratiques de gestion influencent davantage le stress que les parasites des éléphants.
  • Le tourisme automobile, la taille des réserves et l’accès aux ressources façonnent le stress des éléphants.
  • Une meilleure gestion du tourisme et de plus vastes espaces protégés pourraient réduire les contraintes physiologiques pesant sur les éléphants.

Comprendre les facteurs qui influencent l’état physiologique, et notamment le stress, des animaux sauvages est un enjeu majeur pour la conservation. Parmi ces facteurs, les parasites sont souvent considérés comme d’importantes sources de stress. En détournant une partie de l’énergie disponible et en mobilisant les défenses immunitaires, ils peuvent durablement affecter l’état physiologique de leurs hôtes. Chez l’éléphant d’Afrique, cette question est particulièrement pertinente car de nombreuses populations vivent dans des aires protégées où la taille des réserves, la disponibilité des ressources et la pression des activités humaines varient fortement selon les pratiques de gestion. Déterminer si les parasites ou ces conditions expliquent le mieux les variations physiologiques observées constitue donc un enjeu important pour la conservation de cette espèce emblématique.

Pour répondre à cette question, les chercheurs du Laboratoire de Biométrie et Biologie Evolutive (LBBE – CNRS / Lyon 1 Université / Vetagro Sup / Hospices civils de Lyon / INRIA) et du laboratoire de recherche internationale Reconciling Ecological and Human Adaptations for a Biosphere-based Sustainability (REHABS – CNRS) ont échantillonné des fèces dans 19 aires protégées sud-africaines afin d’analyser simultanément la charge parasitaire des éléphants et les concentrations de glucocorticoïdes, hormones impliquées dans la réponse au stress. Contrairement aux attentes, aucun lien n’a été détecté entre la charge parasitaire et les niveaux de glucocorticoïdes. Les parasites ne semblent donc pas expliquer les différences physiologiques observées entre populations. En revanche, celles-ci sont principalement liées aux caractéristiques des aires protégées. Les éléphants vivant dans de petites réserves présentent des niveaux plus élevés de glucocorticoïdes. Une augmentation de plus de 30% de ces hormones est aussi observée dans les sites ouverts au tourisme automobile libre. Enfin, les niveaux de glucocorticoïdes augmentent également lorsque la densité d’éléphants est élevée et les ressources alimentaires limitées.

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L'analyse des crottes de plus de 250 éléphants, collectées dans 19 aires protégées sud-africaines, révèle des concentrations plus élevées de glucocorticoïdes dans les petites aires protégées, en présence de véhicules de tourisme en visite libre et lorsque les ressources alimentaires se raréfient sous l'effet d'une forte densité de population. © Laura Lacomme 

Ces résultats suggèrent que les pratiques de gestion influencent davantage l’état physiologique des éléphants que leur charge parasitaire. Ils montrent notamment que l’intensité des activités humaines constitue un facteur important : les populations vivant dans des réserves autorisant le tourisme en voiture individuelle présentent des niveaux de glucocorticoïdes plus élevés que celles où les déplacements sont limités aux seuls safaris guidés. Cette différence souligne l’intérêt de maîtriser la fréquentation touristique et le nombre de véhicules circulant dans les aires protégées. Plus largement, l’étude rappelle l’importance de limiter la fragmentation des habitats et apporte un nouvel argument en faveur d’espaces protégés plus vastes et mieux connectés. De telles approches pourraient permettre aux éléphants de mieux accéder aux ressources, de réduire leur exposition aux perturbations d’origine humaine et les contraintes physiologiques associées. Les travaux futurs devront déterminer si ces variations physiologiques se traduisent à long terme par des effets sur la santé, la reproduction et la dynamique des populations d’éléphants.

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Un véhicule de tourisme en visite libre à proximité immédiate d'un éléphant de savane d'Afrique (Loxodonta africana) mâle adulte dans une aire protégée en Afrique du Sud. © Laura Lacomme 

Photo bandeau haut de page : Cyril Fresillon/CNRS Images

Laboratoires CNRS impliqués : 

  • Laboratoire de Biométrie et Biologie Evolutive (LBBE – CNRS / Lyon 1 Université / Vetagro Sup / Hospices civils de Lyon / INRIA) 
  • Reconciling Ecological and Human Adaptations for a Biosphere-based Sustainability (REHABS – CNRS) 

Référence de la publication : 

Lacomme, L., Fritz, H., Ganswindt, A., Guerbois, C., & Rey, B. (2026), Conservation Management Strategies Shape Glucocorticoid Levels in African Elephant Populations More Than Parasite Load. Journal of Zoology. Publié le 10 juillet 2026

Contact

Benjamin Rey
Laboratoire de Biométrie et Biologie Evolutive (LBBE – CNRS / Lyon 1 Université / Vetagro Sup / Hospices civils de Lyon / INRIA)