Les effets de la pollution lumineuse nocturne sur la santé de la faune sauvage
Le développement de l’urbanisation au niveau mondial s’accompagne d’une explosion de l'utilisation de lumières artificielles durant la nuit, entraînant des effets majeurs sur les êtres vivants, que ce soit sur leurs comportements ou le fonctionnement de leur organisme. Des chercheurs ont étudié l’impact de cette pollution lumineuse sur la santé du crapaud commun et montrent que les individus les plus exposés s’avèrent en moins bonne condition physique.
En résumé
Une équipe scientifique a étudié les effets de la pollution lumineuse sur la santé du crapaud commun, en milieu naturel.
Les crapauds des sites les plus exposés à la pollution lumineuse sont en moins bonne condition physique que ceux des sites sombres.
En plus de la pollution lumineuse, l'urbanisation générale des sites impacte l’immunité des crapauds
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Depuis le 19e siècle, le développement des activités humaines et de l’urbanisation au niveau mondial s’est accompagné d’une explosion de l’utilisation de lumières artificielles durant la nuit. Cette pollution majeure, en constante augmentation, bouleverse l’environnement de la vie nocturne : 23% de la surface terrestre est déjà affectée, dont 85% du territoire européen.
Or pour les êtres vivants, la lumière est un signal primordial de synchronisation des activités biologiques, en influençant les comportements (activité, orientation, migration…) et le fonctionnement de l’organisme (hormones, immunité…). De plus en plus d’études montrent que cette pollution lumineuse affecte la santé des êtres humains et peut entraîner des problèmes de sommeil, de dépression, de diabète, ou encore l’augmentation de certains cancers. Des études expérimentales mettent également en avant des effets sur le système immunitaire. En ce qui concerne la faune sauvage, bien que l’on sache déjà que ces lumières perturbent le comportement des espèces notamment nocturnes, aucune étude n’avait encore révélé d’effet sur leur santé.
Une équipe du Laboratoire d’Écologie des Hydrosystèmes Naturels et Anthropisés (LEHNA – CNRS / Ecole Nationale des Travaux publics d’Etat / Lyon 1 Université) a mené une étude inédite afin d'évaluer si les effets de la pollution lumineuse sur l'immunité démontrés expérimentalement sont observables chez une espèce sauvage en milieu naturel. Les chercheurs ont étudié quinze populations naturelles de crapaud commun situées autour de la métropole de Lyon, sur un gradient croissant d'exposition à la pollution lumineuse.
Les résultats montrent que les crapauds des sites les plus exposés à la pollution lumineuse se sont avérés en moins bonne condition physique, bien plus petits et légers, que ceux des sites sombres. Ce résultat confirme des études antérieures qui montrent que l'exposition à la pollution lumineuse nocturne réduit drastiquement l’activité des crapauds et leurs capacités de chasse, donc probablement leur aptitude à s'alimenter correctement, et perturbe également leur métabolisme énergétique. Des différences immunitaires ont aussi été observées entre les crapauds des différentes populations, davantage liées à l’urbanisation autour des sites qu’aux effets de la pollution lumineuse seule.
Cette étude participe à une meilleure compréhension de l’impact des activités humaines sur la santé des populations d’animaux sauvages. Elle souligne aussi la nécessité de mener davantage de recherches sur les effets de la pollution lumineuse nocturne sur la physiologie des organismes en conditions d'exposition naturelles, afin d’identifier les risques sanitaires pour la faune sauvage et de mettre en œuvre des politiques de conservation des taxons menacés, tels que les amphibiens.
Photo bandeau haut de page : Crapaud commun (Bufo Bufo), photographie prise sur le terrain d'étude © Louise Cheynel
Référence de la publication :
Cheynel, L., Dumet, A., Gilot-Fromont, E., Régis, C., Ramery, E., Gardette, V., Rey, B., Lengagne, T., & Mondy, N. (2025). Does nocturnal light pollution impair immune function in a wild-living amphibian? Functional Ecology, publié le 4 décembre 2025
Laboratoires CNRS impliqués :
Laboratoire d'Ecologie des Hydrosystèmes Naturels et Anthropisés (LEHNA – CNRS / Ecole Nationale des Travaux publics d’Etat / Lyon 1 Université)
Laboratoire de Biométrie et Biologie Evolutive (LBBE – CNRS / Lyon 1 Université / Vetagro Sup)