Les vagues de chaleur menacent la survie des colonies de fourmis

Résultats scientifiques

Le changement climatique ne se limite pas à une hausse des températures moyennes, mais entraine aussi une augmentation de la fréquence et de l'intensité des vagues de chaleur. Une étude publiée dans la revue Biology Letters analyse l’impact négatif de ces dernières sur la fondation des colonies de fourmis, perturbant considérablement les nombreux services écosystémiques que ces espèces ingénieures produisent.

En résumé

  • Le dérèglement climatique intensifie les vagues de chaleur, menaçant la survie et la reproduction des espèces qui assurent le maintien des écosystèmes, telles que les fourmis.

  • L’exposition de fourmis reines à un stress thermique similaire à celui subi en période estivale révèle des effets négatifs sur la fondation des colonies après seulement quelques heures d’exposition.

  • Les résultats démontrent que la survie des reines est compromise, notamment car le stress impacte la ponte et du développement des œufs.

Les fourmis jouent un rôle central dans le fonctionnement des écosystèmes. Très nombreuses, elles interagissent avec beaucoup d’espèces animales et végétales, et influencent fortement les propriétés physico-chimiques du sol. Face au dérèglement climatique, les vagues de chaleur, toujours plus intenses et fréquentes, menacent directement le maintien de ces écosystèmes. Étudier l'impact du stress thermique sur la survie et la reproduction des organismes s’avère essentiel, particulièrement lorsqu'il s'agit d'espèces ingénieures des écosystèmes, caractérisées par leurs nombreuses interactions avec leur environnement biotique (= éléments vivants tels que les plantes et les animaux) et abiotique (éléments non vivants tels que le sol et l’eau). 

Jusqu’à présent, les recherches sur l’impact du stress thermique s’étaient principalement concentrées sur des colonies matures, relativement protégées des perturbations thermiques grâce à l’architecture de leur nid et leurs comportements adaptifs. Peu d’études avaient été menées sur les reines fondatrices, qui établissent leur colonie seules, sans l'aide d’ouvrières et qui se révèlent particulièrement exposées au stress thermique pendant et après le vol nuptial. 

Une équipe de chercheurs de l’Institut de Recherche sur la Biologie de l’Insecte (IRBI  - CNRS / Université de Tours) a exposé des reines de fourmis noires des jardins (Lasius niger) à un traitement thermique similaire à celui qu'elles pourraient subir en été lorsqu'elles errent sur le sol après leur vol nuptial. Les résultats montrent qu’une exposition de quelques heures produit des effets négatifs sur le succès de fondation des colonies. Plusieurs semaines après le traitement, les reines présentent une mortalité accrue, ainsi qu’une probabilité réduite de produire des ouvrières consécutives à une altération de la ponte et du développement des œufs.

fourmi
Une reine de la fourmi noire des jardins Lasius niger lors de la fondation d’une nouvelle colonie. Elle est entourée de ses larves et cocons.  ©Romain Libbrecht

La multiplication de vagues de chaleur et l’augmentation de leur intensité pourraient modifier profondément la densité des populations de fourmis, dégradant les équilibres écologiques et le fonctionnement des écosystèmes.

 

Crédit photo et légende bandeau haut de page : ©Romain Libbrecht

Référence de la publication 

Roux, A., Zimmermann, A., Goubault, M., Villalta, I., & Libbrecht, R. Impact of heat stress on colony foundation in ants. Biology Letters. Publié le 1er avril 2026. 

Laboratoire CNRS impliqué

  • Institut de Recherche sur la Biologie de l’Insecte - IRBI (CNRS / Université de Tours)

 

Contact

Romain Libbrecht
Institut de Recherche sur la Biologie de l’Insecte (IRBI - CNRS / Université de Tours)