Une base de données inédite pour retracer l’évolution humaine

Résultats scientifiques

Le premier jalon d’une base de données des hominines africains vient d’être publié dans la revue Journal of Human Evolution. Fondée sur des fossiles du bassin de l’Omo-Turkana (Éthiopie, Kenya), cette base de données offre une vision synthétique inédite et ouvre de nouvelles perspectives d’analyses.

En résumé

  • Première base de données structurée, interrogeable, et en accès libre des hominines africains, construite à partir du registre fossile du bassin de l’Omo-Turkana.
  • Son analyse permet de dresser un panorama exhaustif des hominines découverts dans ce bassin et de mettre en lumière les biais qui l’affectent.
  • Elle permet de mettre en évidence des particularités méconnues, telles qu’un rapport de deux tiers de spécimens de paranthropes pour un tiers d’Homo.

Depuis la fin des années 60, la multiplication des découvertes a généré une telle accumulation de fossiles d’hominines1 qu’il est devenu impossible de maintenir à jour un catalogue listant la totalité des fossiles existants. Pour y remédier, une équipe internationale regroupant notamment des chercheurs des laboratoires « Anthropologie bio-culturelle, Droit, Ethique et Santé » (ADES – CNRS / Aix-Marseille Université / Etablissement français du sang) et « Histoire naturelle des Humanités préhistoriques » (HNHP – CNRS / MNHN / Université Perpignan Via Domitia), a créé une base de données unique, structurée, interrogeable et en accès libre. Celle-ci compile et structure les données issues de 134 publications sur les hominines du bassin de l’Omo-Turkana en Éthiopie et au Kenya, l’une des trois grandes régions africaines en termes de nombre de fossiles découverts. Avec plus de 1200 fossiles, cette base représente environ le tiers du registre d’hominines africains antérieurs à 700 000 ans.

L’équipe a ainsi rendu accessibles pour la première fois des données quantifiées, précises et validées, telles que le nombre de fossiles par espèce, par zone anatomique, par âge géologique, etc. Cette analyse synthétique a permis de mettre en évidence la dynamique des découvertes dans une perspective d’histoire de la discipline, mais également de montrer la contribution prépondérante des « chasseurs de fossiles » africains. En outre, des phénomènes relativement méconnus ont pu être mis en lumière, comme la présence de plusieurs dizaines de fossiles des tout premiers humains datés d’avant deux millions d’années (Ma). Contrairement à ce qui était considéré jusqu’ici, le genre Homo n’était donc pas rare avant cette période, il était simplement mal documenté.

L’analyse de ce registre révèle une autre tendance : à partir d’environ 2,7 Ma, lors de l’émergence des genres Paranthropus et Homo, la proportion de fossiles reste constante dans la région. On observe deux tiers de fossiles de Paranthropus pour un tiers d’Homo, et ce jusqu’à la disparition du genre Paranthropus dans le bassin vers 1,4 Ma. Cette répartition interroge sur la réelle abondance des deux genres dans les paysages africains de ces époques, ainsi que sur ses implications en termes de modes de vie, de milieux d’habitats, etc. A l’inverse, ce ratio pourrait aussi être le fruit d’un biais d’enregistrement, les paranthropes ayant été mieux conservés que les représentants du genre Homo

Cette base de données en accès libre ouvre de nouvelles perspectives, avec un élargissement prévu à l’ensemble des fossiles est-africains, afin qu’elle devienne à terme une ressource commune, partagée et gérée par les acteurs de la discipline.

img_graph_hominies
Dans le bassin de l’Omo-Turkana, entre 2,7 et 1,4 Ma, il y a toujours deux tiers de fossiles de paranthropes pour un tiers de fossiles du genre Homo, quelles que soient les espèces au sein de ces genres. La seule exception, avec un rapport inversé, se situe entre 2,10 et 1,85 Ma  © Sandrine PRAT et François MARCHAL

 Photo bandeau haut de page : © Doris BARBONI / CNRS Images

  • 1

    Les hominines sont un groupe qui rassemble toutes les espèces de la lignée humaine, qui s'est séparée de la lignée des chimpanzés il y a au moins 7 Ma. Il inclut notamment le genre Homo et les genres éteints apparentés, tels que les australopithèques (entre 4,3 et 2 Ma) ou les paranthropes (entre 2,6 et 1 Ma).

Laboratoires CNRS impliqués 

  • Anthropologie bio-culturelle, Droit, Ethique et Santé (ADES – CNRS / Aix-Marseille Université / Etablissement français du sang)
  • Histoire naturelle des Humanités préhistoriques (HNHP – CNRS / MNHN / Université Perpignan Via Domitia) 

Références des publications 

Reed, D., Marchal, F., Coco, E., Prat, S. The Omo-Turkana Basin fossil record as a milestone towards a comprehensive database of the hominin fossil record online. Journal of Human Evolution, publié le 1er juillet 2026

Marchal, F., Reed, D., Sandrine Prat, S. The hominin fossil record of the Omo-Turkana Basin. Journal of Human Evolution, publié le 28 octobre 2025

Contact

François Marchal
Anthropologie bio-culturelle, Droit, Ethique et Santé (ADES – CNRS / Aix-Marseille Université / EFS)
Sandrine Prat
Histoire naturelle des Humanités Préhistoriques (HNHP - CNRS / MNHN / Univ. Perpignan via Domitia)