Sous le sable, 4 000 ans de pastoralisme et d’évolution de la biodiversité en milieu côtier
Un article publié dans la revue Journal of Archaeological Science montre que l’étude des vestiges d’insectes découverts sur un site côtier français révèle un important élevage de bétail dès le Néolithique. La répartition des troupeaux dépendait de la salinité des points d’eau au sein d’un milieu ouvert. La comparaison avec les insectes actuels met en évidence la raréfaction et la disparition de certaines espèces, documentant l’évolution de la biodiversité sur plusieurs millénaires et soulignant l’impact de l’anthropisation.
En résumé
Le site de l’Amélie, sur la côte atlantique française, conserve des vestiges archéologiques couvrant près de 4 000 ans d’occupation, du Néolithique à l’Antiquité tardive.
L’archéoentomologie met en évidence des pratiques d’élevage de bétail dès le Néolithique et montre que la répartition des troupeaux dépendait notamment de la salinité des points d’eau.
La comparaison entre insectes fossiles et l’entomofaune actuelle révèle la raréfaction et la disparition de certaines espèces, soulignant l’impact durable de l’anthropisation sur les écosystèmes côtiers.
Sur la côte atlantique française, le site de l’Amélie, à Soulac-sur-Mer, s’étend sur près de deux kilomètres et concentre un linéaire continu de vestiges archéologiques datés du Néolithique (≃ 5000 ans avant notre ère), jusqu’à l’Antiquité tardive (VIIème siècle). Soumis à une érosion accélérée, ce site voit ses vestiges apparaître lors d’une marée et disparaître lors de la suivante, cachés par un banc de sable ou détruits par la force des vagues. Dans ce contexte particulièrement instable, il est essentiel d’enregistrer un maximum d’informations sur les structures émergentes avant qu’elles ne disparaissent.
Pour mieux comprendre ce site, une équipe de chercheurs de l’Institut de Systématique, Evolution, Biodiversité (ISYEB - CNRS/MNHN/Sorbonne Université/EPHE/Université des Antilles) et du laboratoire « De la préhistoire à l'actuel : culture, environnement et anthropologie » (PACEA - CNRS/Univ. de Bordeaux/Ministère de la Culture) ont mobilisé l’archéoentomologie, discipline qui étudie les vestiges d’insectes découverts sur un site archéologique.
Les assemblages de coléoptères (scarabées) révèlent des pratiques d'élevage de bétail du Néolithique à l'Antiquité. Les proportions de coléoptères associés aux déjections animales indiquent une densité d'animaux au pâturage remarquablement élevée dès le Néolithique. Jusqu’à présent, ce type d’approche n’avait été conduit qu'en Grande-Bretagne, où des densités de troupeaux comparables n'apparaissent qu'à l'âge du Bronze.
Par ailleurs, les différences observées dans les assemblages d’insectes provenant de différentes structures indiquent que la répartition des troupeaux n’était pas libre, mais conditionnée par la salinité des points d’eau disponibles. Les animaux évoluaient dans un paysage très ouvert, composé de prairies et de zones humides. Ces données apportent un nouvel éclairage sur l’organisation spatiale des sociétés estuariennes et sur leurs stratégies d’adaptation dans un environnement en perpétuelle mutation, entre terre et mer.
La comparaison entre les assemblages fossiles et les insectes actuels de la région met en évidence la raréfaction de certaines espèces et la disparition complète de l’emblématique Scarabaeus typhon (Fischer, 1823). Ces transformations illustrent l’impact de l’anthropisation et des changements climatiques sur la biodiversité d’insectes.
Cette étude constitue la première application de l’archéoentomologie à un contexte intertidal* en France. Elle démontre le potentiel de cette discipline pour reconstituer les pratiques agropastorales et suivre les dynamiques écologiques sur plusieurs millénaires. Elle ouvre de nouvelles perspectives pour mieux comprendre la manière dont les sociétés passées ont transformé les paysages et comment l’anthropisation a façonné la biodiversité jusqu’à aujourd’hui.
Crédit photo bandeau haut de page : © Unsplah / Nakkeran Raveenran
Laboratoires CNRS impliqués
- De la préhistoire à l'actuel : culture, environnement et anthropologie » (PACEA - CNRS/Univ. de Bordeaux/Ministère de la Culture)
- Institut de Systématique, Evolution, Biodiversité (ISYEB - CNRS/MNHN/Sorbonne Université/EPHE/Université des Antilles)
Référence de la publication
Richelmi Lisa, Huchet Jean-Bernard, Verdin Florence et Frédéric Santos. Rolling through time: Scarab remains reveal 4,000 years of coastal pastoralism and biodiversity dynamics in western France. Journal of Archaeological Science. Publié en janvier 2026.