Christelle FraïsseChargée de recherche

Médaille de bronze du CNRS

Décrypter la naissance des espèces

Christelle Fraïsse, chargée de recherche au CNRS à l’Institut des Sciences de l’Évolution de Montpellier, explore les mécanismes de l’évolution et de la diversification des espèces. Ses travaux, qui allient génétique et modélisation, ont permis des avancées significatives dans la compréhension de la formation des espèces et de leur adaptation aux changements environnementaux. Elle est récompensée par la médaille de bronze du CNRS 2026.

Ses travaux se concentrent sur les mécanismes génétiques de l'évolution, avec un focus sur la formation des espèces et les transferts de gènes entre elles. Ses études sur les ascidies, des organismes marins, montrent comment des espèces précédemment isolées géographiquement peuvent s'hybrider dans les ports et acquérir des gènes de résistance à la pollution. Chez les moules, espèces naturellement présentes sur le littoral européen, elle a observé que ces échanges génétiques sont fréquents, pouvant aller jusqu’à réduire les barrières naturelles entre espèces. Ses recherches mettent aussi en évidence le rôle déterminant des chromosomes sexuels dans la spéciation.

Ce qui me motive, c’est de répondre à des questions de fond : pourquoi les chromosomes sexuels jouent-ils un rôle si important dans la formation des espèces ? Pourquoi les plantes spécient-elles plus rapidement que les animaux ?

Pour étudier ces phénomènes, elle a développé la méthode DILS*, qui utilise des simulations informatiques et des algorithmes d’intelligence artificielle pour modéliser la séparation des espèces en intégrant des facteurs comme la sélection naturelle. « Avant, on pouvait seulement dater le moment où deux espèces se séparent. Désormais, on peut aussi mesurer l’intensité avec laquelle la nature élimine les hybrides moins adaptés », précise-t-elle.

Depuis 2022, Christelle Fraïsse dirige le projet BryoFit qui se concentre sur les bryophytes, des plantes basales comme les mousses. « Elles ont été les premières à coloniser les terres émergées il y a des centaines de millions d’années, et leur génome, plus simple que celui des plantes à fleurs, en fait un modèle idéal pour étudier l’évolution », souligne-t-elle. En analysant leur génome, elle souhaite mieux comprendre comment les espèces s’adaptent aux changements environnementaux et la dynamique de leur biodiversité.

La science, c’est avant tout une aventure humaine. Chaque rencontre, chaque collaboration apporte une nouvelle perspective et fait avancer la recherche.

Engagée dans la formation des jeunes chercheurs et l’animation de réseaux internationaux comme le Tree of Sex Consortium, elle défend une science collaborative : « Transmettre, c’est aussi apprendre : chaque étudiant apporte une nouvelle perspective.». La médaille de bronze du CNRS 2026 récompense ainsi une carrière alliant innovation et interdisciplinarité, qu’elle considère comme « le fruit d’un travail d’équipe, où chaque rencontre a compté ».