La surface d'habitat accessible, un facteur clé de succès des populations animales
Bien que la perte d’habitat soit l’une des principales causes du déclin de la biodiversité, le rôle joué par la fragmentation des milieux naturels reste débattu. Une étude, publiée dans la revue Ecography, montre que la surface d’habitat réellement accessible prédit la taille et la survie des populations. Ces résultats ouvrent la voie à de nouvelles approches pour guider l’aménagement des territoires et la conservation de la biodiversité.
En résumé
- Des populations de microarthropodes ont été étudiées dans des mini-paysages en laboratoire pour comprendre leurs déplacements entre différentes zones d’habitat.
- L’accessibilité des habitats, déterminée par la distance et la facilité de déplacement entre deux zones, détermine la taille des populations dans les mini-paysages.
- Ces résultats offrent de nouvelles pistes pour la gestion et l’aménagement de territoires accueillants pour la biodiversité.
Bien que la perte d'habitat soit considérée comme la principale cause du déclin de la biodiversité, la fragmentation de ces espaces, c'est-à-dire le morcellement d’une grande surface continue en plusieurs morceaux de plus petite taille, fait débat depuis plusieurs décennies. La disposition des zones d’habitat, la nature des espaces qui les séparent, par exemple des milieux urbains ou agricoles, ainsi que leur perméabilité aux espèces sauvages, c'est-à-dire la facilité qu’elles ont à les traverser, sont d'autres facteurs qui restent aujourd’hui peu pris en compte. Mieux comprendre leurs effets apporterait des éléments concrets aux aménageurs et gestionnaires des territoires.
Une équipe de chercheurs de l’Institut méditerranéen de biodiversité et d’écologie marine et continentale (IMBE – CNRS / Aix-Marseille Université / Avignon Université / IRD) a mené une expérience de mini-paysages en laboratoire afin d’étudier les effets conjoints de l’éloignement des habitats et de la perméabilité du paysage sur des populations de microarthropodes. Chaque mini-paysage (50 x 50 cm) contenait quatre zones d’habitat plus ou moins espacées. L’espace entre ces habitats était rempli de quatre matériaux dans lesquels les individus pouvaient plus ou moins facilement se déplacer et survivre.
La survie des individus lors de la traversée de différents types de milieux apparait comme le mécanisme clé qui conditionne la colonisation et la reproduction, limitant la capacité des populations à atteindre et utiliser des parcelles éloignées ou difficiles d'accès. À l’inverse, des habitats proches ou situés dans un milieu plus facile à traverser leur permettent de se maintenir et de croître.
Prendre en compte la perméabilité du paysage améliore ainsi notre capacité à prédire le devenir des populations. Cette expérience démontre que l’accessibilité de l’habitat est un indicateur encore trop peu étudié, alors qu’il s’avère déterminant pour prédire l’état des populations. Même si ces résultats expérimentaux doivent être transposés avec prudence à l’échelle de véritables paysages, ils ouvrent de nouvelles perspectives pour aménager des territoires connectés et accueillants pour la biodiversité. Ces travaux s’inscrivent dans le cadre du projet ERC SCALED qui teste ces mêmes mécanismes à différentes échelles et sur différents types d’organismes.
Laboratoires CNRS impliqués
- Institut méditerranéen de biodiversité et d’écologie marine et continentale (IMBE – CNRS / Aix-Marseille Université / Avignon Université / IRD)
- Écosystèmes, biodiversité, évolution (ECOBIO - CNRS / Université Rennes)
Référence de la publication
Karolina Argote, Benoît Geslin, Mathieu Santonja, Cécile Albert. The amount of reachable habitat determines population fate. Ecography, publié le 3 décembre 2026