Quelles empreintes les premières sociétés agro-pastorales ont-elles laissé sur leur environnement ?
En combinant l’analyse de bioindicateurs et d’ADN ancien dans des sédiments alluviaux du nord-ouest de la France, une équipe internationale met en évidence l’usage du feu par les populations de la fin du Mésolithique et l’impact des premiers agriculteurs du Néolithique. Publiés dans Quaternary Science Reviews, ces travaux apportent des données inédites sur les conséquences environnementales du développement des pratiques agro-pastorales.
En résumé
- L’analyse combinée de pollen, de spores, de charbons et d’ADN ancien retrouvés dans une zone humide alluviale permet de reconstituer l’environnement des populations qui vivaient à la fin du Mésolithique puis au Néolithique.
- Les fortes concentrations de charbons suggèrent que le feu était déjà utilisé à la fin du Mésolithique pour maintenir des zones ouvertes dans la forêt.
- Les analyses révèlent le rôle de l’élevage et du feu dans la transformation du paysage au Néolithique moyen.
Lors de la période de l’âge des métaux (âge du Bronze puis du Fer), qui débute il y a environ 4 000 ans, les forêts de feuillus qui dominaient le paysage du nord-ouest de l’Europe ont été largement défrichées, pour être converties en terres agricoles et en pâturages. Une équipe internationale impliquant des chercheurs du Laboratoire de Géographie Physique (LGP – CNRS / Université Panthéon Sorbonne / Université Paris-Est Créteil Val-de-Marne) s’est intéressée aux conséquences environnementales des pratiques humaines antérieures à ces grands défrichements, à la fin du Mésolithique puis au Néolithique.
Pour cela, les scientifiques ont analysé une séquence alluviale1 prélevée dans le vallon du Vey, près du site archéologique de Cairon (Normandie occidentale). Croisée avec des données archéoenvironnementales, l’analyse combinée de pollen, de spores, de charbons et d’ADN ancien issus de ces sédiments a permis de reconstituer, à travers un modèle à haute résolution, les changements environnementaux liés au développement des pratiques agricoles dans cette région.
Les résultats révèlent de fortes concentrations de charbons, qui suggèrent que les populations locales utilisaient déjà le feu à la fin du Mésolithique pour modifier leur environnement, alors même que des preuves archéologiques d’une occupation humaine restent limitées localement à cette période. Au sein de la chênaie, les incendies ont pu servir à créer ou à maintenir des zones ouvertes et semi-ombragées, propices à la chasse ou pour favoriser le développement des ressources forestières. Certaines de ces zones ont ensuite probablement été maintenues par les communautés néolithiques dans le cadre de leurs activités d’élevage.
Ces résultats invitent à reconsidérer l’hypothèse d’une introduction précoce de l’agriculture par contact avec des populations déjà néolithisées, qu’il s’agisse de populations venues de Méditerranée (influence cardiale), ou par des réseaux d’échanges à longue distance avec les colons du Rubané ancien et moyen venus d’Europe centrale. Ils mettent en évidence pour la première fois le rôle du feu et des activités pastorales dans l’ouverture des paysages et la modification des zones humides alluviales à partir du Néolithique moyen (4 700 - 2 300 avant notre ère).
L’occupation prolongée du vallon du Vey a conduit au développement d’un paysage en mosaïque, composé de forêts secondaires, de prairies, de champs et de terres abandonnées, tandis que le couvert forestier demeure dominant à l’échelle régionale.
Crédit photo bandeau haut de page : © Cyril FRESILLON / Fire-landes / CNRS Images
- 1 Succession de couches de sédiments déposées au fil du temps dans une zone humide, permettant de retracer l'histoire environnementale.
Laboratoires CNRS impliqués :
- Laboratoire de Géographie Physique (LGP – CNRS / Université Panthéon Sorbonne / Université Paris-Est Créteil Val-de-Marne)
- Trajectoires. De la sédentarisation à l'État (Trajectoires – CNRS / Université Panthéon Sorbonne)
- Centre de Recherche et d'Enseignement des Géosciences de l'Environnement (CEREGE – CNRS / Aix-Marseille Université /INRAE / IRD)
Référence de la publication
Lemer, L., Gauthier, A., Lespez, L., Brown, A., Hudson, S., Garcia, M., Tachikawa, K., Bard, E., Giligny, F., & López-Sáez, J. A. (2025). Neolithic societies and landscape transformations in northwestern France : A high-resolution multi-proxy study including sedimentary DNA. Quaternary Science Reviews. Publié le 1er décembre 2025.