Un vaccin contre l'Influenza Aviaire Hautement Pathogène testé avec succès chez des manchots royaux
L’administration d’un vaccin contre le virus de l’Influenza Aviaire Hautement Pathogène, développé initialement pour les volailles, pourrait s’avérer utile chez certaines populations d’animaux sauvages menacées. Une étude, parue dans la revue Nature Communications, rapporte une réponse immunitaire forte et persistante chez le manchot royal, un oiseau marin colonial choisi comme espèce d’étude pour évaluer la réponse au vaccin dans son environnement naturel.
En résumé
- Un vaccin contre le virus de l’Influenza Aviaire Hautement Pathogène (IAHP) a été testé sur des poussins de manchots royaux sur une île subantarctique.
- Les poussins vaccinés ont montré une réponse immunitaire élevée et persistante, leur conférant une capacité de séroneutralisation du virus.
- L’IAHP menaçant de nombreuses populations d’animaux sauvages dans le contexte de changement global, ce vaccin pourrait contribuer à leur conservation.
Depuis 2021, l'épizootie1 d'Influenza Aviaire Hautement Pathogène (IAHP) du virus H5N1 s’est imposée comme la plus vaste panzootie2 jamais documentée. Elle a entraîné des mortalités sans précédent chez les mammifères marins et les oiseaux de mer, notamment les manchots royaux et les albatros hurleurs. Elle a touché des espèces en danger critique d’extinction, comme le condor de Californie (Gymnogyps californianus).
Une étude menée par des chercheurs du Centre d'écologie fonctionnelle et évolutive (CEFE - CNRS/EPHE/IRD/Univ Montpellier), de l’Institut Pluridisciplinaire Hubert Curien (IPHC - CNRS Univ Strasbourg) et du Laboratoire National de Référence sur l’Influenza aviaire de l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire), a permis d’évaluer pour la première fois en population naturelle la réponse immunitaire à un vaccin. Cette étude a été réalisée chez des poussins de manchots royaux sur une île de l’archipel Crozet, dans le sud de l'Océan Indien.
Le vaccin utilisé, développé à l’origine pour les volailles, était spécifiquement dirigé contre la protéine H5 du virus. Les poussins ont reçu une injection du vaccin à l’âge de 45 jours, au moment où ils s’émancipent largement de leurs parents et se regroupent en crèches, puis une autre de rappel 37 jours après. Non seulement aucun effet négatif du vaccin n’a été noté, mais les résultats révèlent une réponse immunitaire rapide et persistante tout au long de la période d’élevage des poussins, avant leur départ en mer.
L'émergence de l’IAHP dans le sud de l'Océan Indien en octobre 2024 menace la biodiversité et souligne la pertinence de tels tests expérimentaux. Cette étude montre que le vaccin pourrait constituer un outil potentiellement utile à des fins de conservation d’espèces particulièrement menacées.
Photo bandeau haut de page : Manchots royaux (Aptenodytes patagonicus) sur une colonie de l'archipel Crozet, Terres Australes Françaises © Thierry BOULINIER
- 1
L'épizootie est une maladie qui frappe simultanément un grand nombre d'animaux de même espèce ou d'espèces différentes en un court laps de temps, dans une région donnée.
- 2
La panzootie est une épizootie d'une maladie infectieuse qui peut se propager sur tous les continents et qui affecte plusieurs espèces ou toutes les espèces animales.
Laboratoires CNRS impliqués
- Centre d'écologie fonctionnelle et évolutive (CEFE - CNRS / EPHE - PSL / IRD / Université de Montpellier)
- Institut Pluridisciplinaire Hubert Curien (IPHC - CNRS / Université de Strasbourg)
Référence de la publication :
Lejeune, M., Tornos, J., Bralet, T., De Pasquale, C., Marçon, E., Massin, P., Grasland, B., Stier, A. & Boulinier, T. Vaccination against H5 HP influenza virus leads to persistent immune response in wild king penguins. Nature Communications, publié le 09 février 2026