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Joachim ClaudetDirecteur de recherche

Médaille d’argent du CNRS

Une science engagée pour un océan juste et durable

Joachim Claudet, directeur de recherche CNRS au CRIOBE (CNRS/EPHE-PSL/UPVD), construit depuis plus de quinze ans une œuvre scientifique singulière, à l'interface entre écologie marine, sciences sociales et gouvernance de l’océan. Une trajectoire guidée par une conviction forte : la science ne peut répondre aux défis environnementaux qu’à condition de dialoguer avec la société et d’éclairer les décisions. Il est récompensé par la médaille d'argent du CNRS 2026.

Dès sa thèse, soutenue en 2006 à l'Université de Perpignan, il  s’attache à concevoir des outils d'évaluation des aires marines protégées pensées pour être utilisées par les décideurs. « J'avais envie de servir le bien commun, de faire quelque chose d’utile, qui puisse, à mon humble niveau, aider à transformer les sociétés vers des modèles plus justes et durables », explique-t-il. Cette ambition le conduit à développer une approche résolument interdisciplinaire, mobilisant écologues, économistes, anthropologues et sociologues pour appréhender la complexité des socio-écosystèmes marins.

La conservation marine n’est pas qu’une question de biodiversité : c’est avant tout une question de gouvernance et d’équité.

Ses travaux ont profondément renouvelé la manière d’évaluer les politiques de conservation marine. En développant des cadres d’analyse et des outils d'aide à la décision, selon des standards élevés, du Regulation-Based Classification System au MPA Guide en passant par le MSP Index et l'Ocean Equity Index, il contribue à objectiver ce que signifie réellement “protéger” l’océan. Ces approches ont notamment permis d’introduire dans le débat européen et français la notion de niveaux de protection différenciés, aujourd’hui intégrée dans les objectifs de l'Union européenne. 

Au cœur de ses recherches, une idée structurante : pour être efficaces et durables, les politiques de conservation doivent intégrer explicitement les questions d’équité — dans la répartition des coûts, des bénéfices et du pouvoir de décision. Ses travaux récents sur l’Ocean Equity Index prolongent cette réflexion en proposant des cadres permettant d’opérationnaliser cette exigence dans des contextes variés, de l’aire marine protégée locale aux négociations internationales.

Très engagé à l’interface science-politique, Joachim Claudet contribue directement aux grandes dynamiques internationales. Il est notamment auteur pour l’IPBES, impliqué dans les négociations du traité international sur la haute mer (BBNJ) et co-directeur du PEPR BRIDGES pour le CNRS. Il incarne une recherche qui assume pleinement ses finalités sociétales tout en maintenant un haut niveau d’exigence scientifique : « Les transformations vers la durabilité ne font que des gagnants sur le long terme. Le défi est de réussir à se projeter dans cette perspective malgré les intérêts court-termistes. »

Mon cœur bat vraiment pour la recherche. Je suis un chercheur qui contribue à éclairer la décision, pas un conseiller qui fait un peu de recherche.

Au CNRS, il joue également un rôle structurant en animant la Task Force Océan inter-instituts du CNRS. Avec le PEPR BRIDGES, il contribue à faire émerger une nouvelle génération de scientifiques capables d'essaimer au-delà du monde académique, dans les agences et collectivités publiques, les ONG et la sphère politique.

La médaille d'argent du CNRS 2026 récompense ainsi un parcours marqué par l'innovation méthodologique, l'interdisciplinarité et un engagement constant pour une science en prise avec les grands enjeux contemporains. Une aventure profondément collective, comme il le souligne lui-même : « Ce qui compte, c’est le travail d’équipe. Sans les collègues, les partenaires, les doctorants, rien de tout cela ne serait possible ».